Doctolib va lancer un vaste programme de recherche destiné à améliorer les parcours de soins grâce à l’intelligence artificielle. Le projet, mené avec plusieurs institutions françaises, prévoit l’utilisation de certaines données médicales issues de la plateforme. Les utilisateurs disposent toutefois d’un droit d’opposition pour empêcher l’exploitation de leurs informations.
Un programme de recherche basé sur les données de santé de millions d’utilisateurs
La plateforme de prise de rendez-vous médicaux Doctolib, utilisée par environ 50 millions de personnes, prépare un programme de recherche consacré au développement d’outils d’intelligence artificielle appliqués au domaine de la santé.
Ce projet est réalisé en collaboration avec plusieurs acteurs scientifiques français, notamment l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria), l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l’Université Paris Cité.
L’objectif affiché est d’améliorer la prévention médicale, d’anticiper certains risques de santé et de faciliter l’orientation des patients dans le système de soins.
Pour mener ces travaux, les chercheurs pourront analyser certaines informations renseignées par les patients et les professionnels de santé sur la plateforme. Les données concernées comprennent notamment les antécédents médicaux, les traitements suivis, les diagnostics, l’état général de santé, les prescriptions ainsi que certains documents médicaux comme des résultats d’examens d’imagerie ou d’analyses biologiques.
Des données pseudonymisées dans un environnement sécurisé
Doctolib indique que les informations utilisées dans le cadre de cette recherche seront pseudonymisées. Cela signifie qu’elles seront séparées des éléments permettant d’identifier directement les patients.
Selon l’entreprise, ces données seront conservées pendant une durée maximale de cinq ans avant leur suppression. Elles seront également chiffrées et accessibles uniquement aux chercheurs autorisés dans un environnement sécurisé hébergé en Europe.
La société affirme que ces informations ne seront pas revendues à des fins commerciales et qu’elles ne serviront pas à entraîner les modèles d’intelligence artificielle internes de Doctolib.
Le dispositif s’inscrit dans le cadre réglementaire défini par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), qui encadre l’utilisation des données personnelles en France.
Des inquiétudes autour de la protection des informations médicales
Malgré les garanties avancées par Doctolib, le projet suscite des interrogations concernant la sécurité des données de santé, particulièrement sensibles.
Ces dernières années, plusieurs cyberattaques ont touché des plateformes manipulant des informations personnelles. Ces incidents alimentent les inquiétudes sur les conséquences possibles d’une fuite de données médicales.
La Ligue des droits de l’Homme estime qu’une éventuelle compromission des données détenues par une plateforme de santé pourrait entraîner des risques importants, notamment en matière de stigmatisation, de discrimination ou de profilage abusif.
L’association rappelle également que certaines données liées aux services de santé numériques sont hébergées par des entreprises technologiques internationales, ce qui soulève des questions sur la souveraineté et la maîtrise des informations médicales.
Comment refuser l’utilisation de ses données personnelles ?
Le programme repose sur un principe d’opposition : les utilisateurs sont considérés comme participants au projet par défaut, celui-ci étant présenté comme relevant de l’intérêt public. Toutefois, chaque patient peut demander à exclure ses données du dispositif.
Les utilisateurs ont été informés par courrier électronique et peuvent exercer leur droit d’opposition en remplissant le formulaire mis à disposition par Doctolib. Ils peuvent également demander la suppression de leurs informations en contactant le service dédié à la protection des données de l’entreprise.
Cette démarche doit cependant être effectuée avant le début de la phase technique d’apprentissage du modèle d’intelligence artificielle afin d’éviter que les données concernées soient intégrées au projet.
Les professionnels de santé également concernés
Les médecins et autres professionnels utilisant Doctolib peuvent eux aussi s’opposer à la réutilisation des données de leurs patients à des fins de recherche.
Sans action de leur part, une option activée par défaut dans leur espace professionnel permet l’utilisation de certaines informations dans le cadre du programme scientifique.
Ce projet illustre les nouveaux enjeux liés au développement de l’intelligence artificielle dans le secteur médical : trouver un équilibre entre innovation, amélioration des soins et protection des données personnelles des patients.

Gaspard Delacroix est rédacteur pour Dakarinfo.net, où il couvre l’actualité nationale et internationale ainsi que des sujets liés à la politique, à l’économie, à la technologie, au sport, au divertissement et au mode de vie. Il privilégie une information claire, rigoureuse et accessible, en mettant l’accent sur les faits essentiels et les enjeux qui concernent les lecteurs. Son travail vise à fournir des informations utiles, à suivre les évolutions de l’actualité et à mettre en lumière les sujets qui façonnent le quotidien.

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