Après plusieurs mois de controverses autour des faux artistes et des morceaux créés par intelligence artificielle, Spotify modifie sensiblement sa stratégie. La plateforme suédoise va introduire « AI Persona », un label destiné à signaler clairement les profils reposant sur une identité entièrement générée par IA plutôt que sur une personne réelle.
Cette décision marque une évolution notable pour le géant du streaming, jusqu’ici davantage habitué à intervenir après le signalement de contenus problématiques qu’à mettre en place un dispositif préventif.
Spotify veut identifier les artistes créés par intelligence artificielle
La création d’une catégorie spécifique pour les identités artistiques artificielles témoigne de l’ampleur prise par le phénomène sur les plateformes musicales.
Jusqu’à présent, Spotify avait tendance à traiter les différents incidents au cas par cas. L’introduction du label « AI Persona » montre désormais que la plateforme considère la multiplication de ces profils comme un phénomène suffisamment important pour nécessiter un système permanent d’identification.
Cette évolution intervient notamment après la polémique concernant Blaze Foley. Le chanteur de country, décédé en 1989, avait vu sa page Spotify accueillir un morceau généré par intelligence artificielle sans lien réel avec son œuvre.
Un badge visible à plusieurs endroits sur Spotify
À partir de la mi-septembre, le badge « AI Persona » doit apparaître sur mobile directement sur la bannière des profils concernés. L’information sera également visible dans la rubrique de présentation de l’artiste, dans les résultats de recherche ainsi qu’au niveau des playlists.
Les artistes pourront déclarer eux-mêmes que leur profil correspond à une « AI Persona ». En parallèle, Spotify prévoit un processus de vérification humaine, soutenu par des outils d’investigation utilisant l’intelligence artificielle, afin d’identifier les profils suspects.
L’objectif est notamment de permettre aux auditeurs de savoir plus facilement s’ils écoutent un artiste réel ou une identité musicale entièrement artificielle.
Des restrictions limitées pour les morceaux concernés
La principale conséquence concernera les recommandations personnalisées. Les morceaux associés à une « AI Persona » en seront exclus par défaut.
Ils ne disparaîtront toutefois pas du catalogue. Les utilisateurs pourront toujours les rechercher et les écouter directement.
Surtout, ces contenus continueront à pouvoir être monétisés selon les mêmes conditions que les autres titres disponibles sur la plateforme. Le dispositif annoncé ne prévoit donc pas de suppression automatique des revenus générés par ces morceaux, ni de retrait systématique en cas de fraude avérée.
Spotify privilégie ainsi une stratégie centrée sur la transparence et la visibilité des contenus générés par IA, plutôt qu’une exclusion complète de son écosystème.
Deezer applique une politique plus restrictive
La stratégie de Spotify contraste avec celle de Deezer. La plateforme française applique depuis plus longtemps une politique plus stricte concernant la musique produite par intelligence artificielle.
Deezer détecte automatiquement les morceaux entièrement générés par IA et les signale aux utilisateurs. Ces titres sont également exclus des recommandations algorithmiques et des playlists éditoriales.
La fraude aux écoutes au cœur des préoccupations
Deezer va plus loin sur la question des écoutes considérées comme frauduleuses en procédant à leur démonétisation. Selon les chiffres communiqués par la plateforme, jusqu’à 85 % des écoutes générées par des morceaux créés par intelligence artificielle en 2025 étaient associées à des pratiques frauduleuses.
La société française a également commencé à mettre sa technologie de détection à disposition d’autres acteurs du secteur musical, notamment la Sacem, organisme chargé en France de représenter et de protéger les droits de nombreux auteurs, compositeurs et éditeurs.
L’intelligence artificielle devient un enjeu majeur du streaming musical
Avec « AI Persona », Spotify reconnaît plus clairement la nécessité de distinguer les artistes humains des identités entièrement artificielles. Le dispositif devrait offrir davantage de transparence aux auditeurs tout en réduisant la présence de ces profils dans les recommandations personnalisées.
La plateforme adopte toutefois une approche moins restrictive que Deezer en maintenant l’accès et la monétisation des morceaux concernés. Avec la progression rapide de la musique générée par intelligence artificielle, les questions de transparence, de fraude et de rémunération devraient rester au centre des débats dans l’industrie musicale.

Gaspard Delacroix est rédacteur pour Dakarinfo.net, où il couvre l’actualité nationale et internationale ainsi que des sujets liés à la politique, à l’économie, à la technologie, au sport, au divertissement et au mode de vie. Il privilégie une information claire, rigoureuse et accessible, en mettant l’accent sur les faits essentiels et les enjeux qui concernent les lecteurs. Son travail vise à fournir des informations utiles, à suivre les évolutions de l’actualité et à mettre en lumière les sujets qui façonnent le quotidien.

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