La transition vers la mobilité électrique est souvent présentée comme un moyen de réduire les émissions polluantes, le bruit et la dépendance aux carburants fossiles. Sur le marché français de la moto, pourtant, la dynamique actuelle raconte une histoire différente. L’un des modèles électriques les plus remarqués n’est ni un scooter urbain ni une machine destinée aux trajets domicile-travail : il s’agit d’une puissante moto tout-terrain conçue avant tout pour les sensations fortes.
Le marché français de la moto électrique retrouve des couleurs
Après une période difficile, les ventes de deux-roues électriques repartent progressivement à la hausse en France. Cette reprise intervient malgré la disparition du bonus écologique accordé à l’achat d’une moto électrique neuve, dont la suppression avait contribué à fragiliser un marché déjà limité.
Les immatriculations avaient ainsi reculé de près de 23 % au premier trimestre, avec des performances particulièrement faibles en janvier et février.
La tendance s’est ensuite inversée. Sur les six premiers mois de l’année, 8 295 deux-roues électriques ont été immatriculés en France, soit une progression de 7 % par rapport à la même période de l’année précédente. En juin, la hausse a même dépassé 55 %.
Les volumes restent modestes par rapport à l’ensemble du marché français des deux-roues motorisés. Mais la nature des marques qui profitent de cette reprise est particulièrement révélatrice.
Easy Watts et VMoto, davantage positionnées sur la mobilité urbaine, restent logiquement bien placées. Derrière elles apparaissent toutefois Stark et Talaria, respectivement troisième et quatrième. Ces deux marques sont surtout connues pour leurs motos électriques destinées au tout-terrain.
Elles ont chacune approché les 600 immatriculations sur le semestre, se rapprochant ainsi des principaux acteurs du scooter électrique.
La Stark Varg s’impose parmi les modèles électriques
Le cas de Stark est particulièrement significatif. La marque, créée par un ancien dirigeant de KTM, commercialise la Varg, une moto électrique essentiellement pensée pour le motocross et les loisirs sportifs.
Proposée à 12 490 euros, elle se situe très loin de l’image du petit deux-roues électrique économique destiné aux déplacements quotidiens.
Ses livraisons sont passées de moins de 30 unités mensuelles à plus d’une centaine au printemps. Stark est même parvenue à intégrer le Top 10 français du segment des motos équivalentes aux 125 cm³ et catégories comparables, toutes motorisations confondues.
Une moto électrique conçue avant tout pour le tout-terrain
La Stark Varg illustre la diversité que recouvre désormais l’expression « moto électrique ». Elle existe en trois déclinaisons : motocross, enduro et supermotard. La première n’est d’ailleurs pas homologuée pour circuler sur la voie publique.
Avec une batterie de 7,2 kWh, une puissance pouvant atteindre 80 chevaux et un couple annoncé de 978 Nm, la Varg privilégie clairement les performances. Accélérations franches, couple immédiatement disponible, sauts et pilotage sur terrain accidenté constituent son principal terrain d’expression.
Talaria et Sur-Ron suivent une philosophie comparable avec des machines électriques plus légères, principalement destinées aux chemins, aux terrains privés et aux loisirs hors bitume.
Ces motos peuvent répondre à certains besoins pratiques, mais leur succès semble surtout lié au plaisir de conduite. L’objectif n’est généralement pas de remplacer une voiture dans les embouteillages ou de faciliter un trajet quotidien jusqu’au bureau.
Un bénéfice écologique collectif plus difficile à démontrer
Pendant plusieurs années, les arguments en faveur des motos et scooters électriques ont principalement reposé sur la diminution du bruit, l’amélioration de la qualité de l’air et la possibilité de remplacer la voiture pour certains déplacements courts.
Une moto de motocross électrique de 80 chevaux répond difficilement à cette logique.
Lorsqu’elle est utilisée sur un circuit, un terrain privé ou des chemins autorisés, elle ne contribue pas directement à réduire les embouteillages urbains. Elle ne remplace pas non plus systématiquement un véhicule thermique utilisé au quotidien. Elle peut simplement venir compléter un garage comprenant déjà une voiture ou d’autres véhicules de loisirs.
Moins de bruit et aucune émission à l’échappement
Son intérêt environnemental n’est toutefois pas inexistant. À l’usage, une moto électrique ne produit pas de gaz d’échappement et réduit fortement les nuisances sonores par rapport à une moto de motocross thermique.
Pour les riverains, les promeneurs ou les personnes vivant à proximité des zones de pratique, cette différence peut être importante.
Stark met notamment en avant cette combinaison entre performances élevées, absence d’émissions locales et réduction du bruit. Sur un circuit, la Varg peut rivaliser avec certaines motos thermiques tout en restant nettement plus silencieuse.
Le bénéfice environnemental apparaît donc surtout à l’échelle locale : moins de bruit, aucune combustion d’essence pendant l’utilisation et aucune émission directe à l’échappement.
En revanche, ces motos contribuent peu aux objectifs plus larges traditionnellement associés à l’électrification des deux-roues, notamment le report modal et la réduction de la circulation automobile dans les grandes agglomérations.
Le plaisir pourrait devenir le meilleur argument de la moto électrique
Le succès des motos électriques tout-terrain souligne une réalité essentielle : les motards ne choisissent pas uniquement une machine pour son bilan environnemental.
Les performances, les accélérations, le couple instantané et les sensations restent des critères déterminants. La transition électrique pourrait donc progresser plus rapidement lorsque les constructeurs proposent des modèles réellement attractifs, plutôt qu’en présentant uniquement cette technologie comme une solution écologique.
La Stark Varg constitue à ce titre un exemple révélateur. Elle ne résoudra ni les embouteillages urbains ni, à elle seule, les problèmes environnementaux liés aux transports. Elle démontre néanmoins qu’une moto électrique performante peut séduire des acheteurs sans dépendre d’une aide publique.
Le rebond du marché français suggère ainsi que l’avenir de la moto électrique pourrait se jouer autant sur le terrain du plaisir et des performances que sur celui de l’écologie. Pour convaincre davantage de motards, l’électrique devra peut-être d’abord donner envie de rouler.

Gaspard Delacroix est rédacteur pour Dakarinfo.net, où il couvre l’actualité nationale et internationale ainsi que des sujets liés à la politique, à l’économie, à la technologie, au sport, au divertissement et au mode de vie. Il privilégie une information claire, rigoureuse et accessible, en mettant l’accent sur les faits essentiels et les enjeux qui concernent les lecteurs. Son travail vise à fournir des informations utiles, à suivre les évolutions de l’actualité et à mettre en lumière les sujets qui façonnent le quotidien.

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