Dakarinfo

Obtenez toutes les dernières nouvelles et rapports sur la FRANCE ici Manchettes, politique et culture françaises sur la chaîne d'information

La DGFiP envisage de se passer de Windows pour ses systèmes informatiques

La DGFiP envisage de se passer de Windows pour ses systèmes informatiques

À l’approche de la fin du support de Windows 10 par Microsoft, de nombreuses administrations publiques s’interrogent sur leur dépendance aux solutions logicielles américaines. En France, où la plupart des services de l’État reposent encore largement sur l’écosystème Windows, la question de l’autonomie numérique revient régulièrement dans le débat public. La Direction générale des Finances publiques (DGFiP), l’administration chargée notamment de la collecte de l’impôt et de la gestion des finances de l’État, pourrait ainsi envisager un changement stratégique dans les années à venir.

Une dépendance technologique de plus en plus critiquée

Depuis plusieurs décennies, Windows constitue l’ossature informatique d’une grande partie de l’administration française. Ce choix historique présente certains avantages, notamment en matière de compatibilité logicielle et de familiarité pour les agents publics.

Mais les limites de cette dépendance apparaissent de plus en plus clairement. L’arrêt progressif du support de Windows 10 par Microsoft rappelle que les administrations restent soumises aux cycles technologiques décidés par l’éditeur américain. Chaque évolution majeure du système implique des migrations coûteuses, des renouvellements de matériel et parfois une refonte des outils internes.

Au-delà des considérations financières, la question de la souveraineté numérique est également au cœur des préoccupations. Utiliser massivement des logiciels conçus et contrôlés par des entreprises étrangères peut soulever des enjeux de sécurité, de confidentialité et d’indépendance stratégique.

Ces interrogations sont partagées au sein de la DGFiP. Dans une interview accordée au média spécialisé IT for Business, Tomasz Blanc, chef du service des systèmes d’information de l’administration fiscale, évoque plusieurs pistes de réflexion dans la perspective des orientations technologiques prévues à l’horizon 2026.

La piste du logiciel libre

Parmi les alternatives envisagées figure un recours accru aux solutions open source, notamment aux systèmes d’exploitation basés sur Linux. Cette approche permettrait théoriquement de réduire la dépendance à un fournisseur unique, tout en offrant davantage de contrôle sur les infrastructures informatiques.

Le logiciel libre présente aussi d’autres avantages pour les administrations publiques : transparence du code, flexibilité dans le développement d’outils spécifiques et possibilité de mutualiser les améliorations entre différentes institutions.

En Europe, plusieurs gouvernements étudient ou expérimentent déjà des stratégies similaires. Dans un contexte où la souveraineté technologique devient un enjeu politique majeur, ces solutions attirent l’attention des décideurs publics.

L’exemple de la Gendarmerie nationale

En France, un précédent notable existe déjà. Depuis 2008, la Gendarmerie nationale a progressivement abandonné Windows au profit de son propre système baptisé GendBuntu, une version adaptée d’Ubuntu, l’une des distributions Linux les plus répandues.

Ce système a été conçu pour répondre aux besoins opérationnels spécifiques de l’institution tout en conservant un environnement familier pour les utilisateurs. Aujourd’hui, plus de 73 000 postes informatiques de la gendarmerie fonctionnent avec cette solution.

Cette migration, réalisée par étapes, est souvent citée comme un exemple réussi d’adoption du logiciel libre au sein de l’administration française. Elle a notamment permis de mieux maîtriser les coûts informatiques et de prolonger la durée de vie du matériel.

Pour la DGFiP, qui gère plusieurs dizaines de milliers de postes de travail répartis dans tout le pays, l’expérience de la gendarmerie constitue une référence intéressante. Elle démontre qu’une transition vers Linux est possible à grande échelle, à condition d’être accompagnée d’une stratégie technique et organisationnelle solide.

Un chantier complexe pour l’administration fiscale

Toutefois, un éventuel abandon de Windows par la DGFiP ne pourrait se faire rapidement. Les systèmes informatiques de l’administration fiscale reposent sur une multitude d’applications métiers, parfois développées depuis plusieurs décennies et étroitement intégrées à l’environnement Windows.

Migrer vers un autre système nécessiterait donc un travail considérable d’adaptation, de tests et de formation des agents. Les enjeux sont d’autant plus sensibles que la DGFiP gère des missions essentielles : collecte de l’impôt, gestion du budget de l’État, paiement des dépenses publiques ou encore relations avec les collectivités territoriales.

Dans ce contexte, toute évolution technologique doit garantir la continuité du service public et la sécurité des données fiscales.

Vers une réflexion plus large sur la souveraineté numérique

La réflexion engagée au sein de la DGFiP s’inscrit dans un débat plus large sur l’autonomie technologique de l’État français. Ces dernières années, plusieurs initiatives publiques ont cherché à promouvoir l’usage du logiciel libre dans les administrations, afin de limiter la dépendance aux grands éditeurs internationaux.

Si aucune décision définitive n’a encore été annoncée, les discussions autour d’une possible sortie de l’écosystème Windows illustrent une tendance de fond : la volonté croissante de renforcer la maîtrise des infrastructures numériques publiques.

À l’heure où la transformation digitale de l’État s’accélère, les choix technologiques faits aujourd’hui pourraient ainsi façonner durablement l’indépendance numérique de l’administration française.