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Une nouvelle approche française face à l’épidémie mondiale de myopie

Une nouvelle approche française face à l’épidémie mondiale de myopie

Alors que la myopie progresse rapidement dans le monde, les chercheurs français explorent de nouvelles solutions technologiques pour freiner cette évolution préoccupante. D’ici 2050, près d’une personne sur deux pourrait être touchée, selon l’Organisation mondiale de la santé. Face à cet enjeu de santé publique majeur, plusieurs acteurs français de la recherche et de l’optique développent désormais des « jumeaux numériques » de l’œil afin de personnaliser les traitements et ralentir l’aggravation de la myopie dès l’enfance.

La myopie, un enjeu de santé publique croissant

En France, près de 30 % de la population est déjà concernée par la myopie. Cette tendance devrait encore s’accentuer dans les prochaines décennies, portée notamment par l’augmentation du temps passé devant les écrans et la diminution des activités en extérieur chez les enfants et les adolescents.

À l’échelle mondiale, l’OMS estime que près de 5 milliards de personnes pourraient devenir myopes d’ici 2050. Parmi elles, environ un milliard développeraient une forme sévère, susceptible d’entraîner des complications graves telles que le décollement de rétine, le glaucome ou encore une cataracte précoce.

La progression de la myopie peut se poursuivre à l’âge adulte, ce qui renforce l’importance d’une prise en charge précoce. L’un des principaux défis consiste donc à identifier rapidement les enfants à risque afin de limiter l’évolution du trouble visuel.

Le projet Premyom veut personnaliser les traitements

Pour répondre à cette problématique, plusieurs institutions françaises se sont associées au sein du projet Premyom, acronyme de « Prise en charge et ralentissement de l’épidémie de myopie par l’optique médicale ».

Ce programme de recherche et d’innovation sur cinq ans réunit notamment EssilorLuxottica, l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild, Inria, InSimo, l’Institut Mines-Télécom et l’Institut de la Vision. L’objectif affiché est de définir de nouveaux standards dans les technologies médicales appliquées à l’optique.

Le projet repose sur une approche individualisée du traitement de la myopie grâce aux outils numériques et à l’analyse de données médicales.

Des « jumeaux numériques » pour simuler l’évolution de l’œil

L’innovation centrale du programme consiste à créer des « jumeaux numériques » des yeux myopes. Ces modèles virtuels doivent permettre de simuler l’évolution de la vision d’un patient selon différents traitements afin de déterminer la solution la plus adaptée.

Selon les explications de Thierry Villette, responsable du projet chez EssilorLuxottica, et de Pablo Alvarez, chercheur à Inria, les futurs examens ne se limiteront plus aux mesures classiques comme la réfraction ou la longueur axiale de l’œil.

Une analyse enrichie des habitudes de vie

Les chercheurs souhaitent également intégrer de nouveaux paramètres liés au mode de vie et aux antécédents familiaux. Le temps passé devant les écrans, l’exposition à la lumière naturelle, la posture ou encore les habitudes de lecture pourront être pris en compte grâce à des dispositifs connectés.

L’ensemble de ces données alimentera des modèles numériques développés par Inria afin de créer une représentation virtuelle précise de l’œil de chaque enfant.

Cette simulation permettra ensuite d’anticiper la progression de la myopie et d’identifier les verres correcteurs les plus efficaces pour ralentir son évolution.

Des lunettes connectées pour affiner les traitements

Le projet prévoit également l’utilisation de montures connectées capables de recueillir des données en conditions réelles. Ces lunettes pourront mesurer le temps de port des verres, les activités extérieures ou encore la durée d’exposition aux écrans.

Ces informations supplémentaires doivent permettre d’améliorer progressivement les prédictions des modèles numériques et d’adapter les traitements de manière plus fine.

Pour les chercheurs, cette approche pourrait contribuer à réduire le risque de formes sévères de myopie, qui représentent déjà une préoccupation croissante pour les systèmes de santé.

Des modèles numériques pour mieux comprendre la myopie

En parallèle, plusieurs modèles de simulation sont actuellement en développement.

Étudier l’impact des traitements sur le corps

Un premier modèle analysera les effets des solutions de freinage de la myopie sur les muscles oculaires ainsi que sur les structures du cou et de la tête. Les chercheurs cherchent notamment à éviter les phénomènes de fatigue susceptibles de réduire l’efficacité des traitements.

Identifier les facteurs de risque

Un second modèle doit permettre de prédire l’évolution de la myopie en fonction des facteurs environnementaux et comportementaux, comme le manque d’activités en extérieur pendant l’enfance.

L’objectif est d’aboutir à des traitements véritablement personnalisés, adaptés au profil et au mode de vie de chaque patient.

Une vaste étude clinique déjà lancée

Afin d’alimenter ces modèles, EssilorLuxottica a lancé en 2025 la cohorte « Premyom 1000 ». Cette étude suit actuellement 300 enfants équipés de solutions destinées à ralentir la myopie.

À terme, les chercheurs ambitionnent d’observer 1 000 participants sur une période de cinq ans. D’autres études cliniques doivent également permettre de valider les modèles numériques et de développer de nouveaux verres personnalisés.

Une médecine de précision appliquée à la vision

Avec Premyom, la recherche française entend accélérer le développement d’une médecine de précision appliquée à la santé visuelle. En combinant intelligence des données, simulation numérique et optique médicale, les chercheurs espèrent mieux anticiper la progression de la myopie et proposer des traitements plus efficaces dès le plus jeune âge.

Face à une pathologie en forte augmentation partout dans le monde, cette approche pourrait ouvrir une nouvelle étape dans la prévention des troubles visuels sévères.